Les journaux scientifiques
Même si après mon doctorat j'ai intégré le monde de l'entreprise, je suis chercheur par formation et par vocation. L'état de la recherche européenne étant celui qui est, je n'ai pas trouvé une place compatible avec mes contraintes de mobilité géographique, mais je voudrais bien un jour retourner à ma vocation primaire et devenir chercheur dans un centre de recherche. Et pour y arriver, j'essaie de me tenir à jour des avances dans mon domaine, de continuer mes recherches, d'être ce qu'on appèle un chercheur indépendant.
Et la vie d'un chercheur indépendant n'est pas facile. Car sans le support et financement d'un centre de recherche, le chercheur indépendant a du mal à obtenir l'un de leurs outil de travail le plus important : les journaux scientifiques.
Les journaux scientifiques permettent aux chercheurs de soumettre à la communauté scientifique les résultats de leurs recherches. Avec leur système de relecture (peer review), les articles sont révisés par des spécialistes du domaine avant d'être publiés, ce qui garanti que les résultats publiés sont plausibles et pertinents1.
Les chercheurs ont donc besoin des journaux scientifiques pour faire progresser la recherche, pour se tenir à jour des découvertes des autres, pour comparer des résultats… Un chercheur qui n'a pas accès à une information actualisé est sévèrement handicapé dans ses recherches par rapport à un chercheur qui possède ces informations.
Mais les journaux scientifiques sont publiés avec un modèle économique basé sur la souscription. Les souscripteurs doivent payer un prix (souvent assez cher pour les journaux de plus haut niveau ou pour ceux sur un domaine très spécifique) pour avoir accès à l'information scientifique.
Dans la plupart de centres de recherche, la souscription est payé par l'institution. En fonction de leur budget, le centre de recherche sera donc souscrit à plus ou moins journaux scientifiques, normalement en commençant par ceux qu'intéressent plus la thématique de recherche principale de l'institution. En plus, cette souscription (souvent électronique dans nos jours) est soumise à des conditions de licence dictées par l'éditeur, comme des limites au nombre d'accès concurrent ou à l'archivage et mise à disposition des articles.
Tout cela veut dire que le chercheur n'a accès qu'aux journaux pour lesquels sont centre de recherche a la souscription, et avec les conditions de la licence proposé par l'éditeur. Mais surtout, cela veut dire que les chercheurs dans des institutions pauvres ou les chercheurs indépendants ne peuvent pas avoir accès à tout cette richesse d'information, pourtant nécessaire pour un déroulement optimal de leur activité professionnelle.
L'ironie est encore plus grande pour nous en France, car ici, comme un peu partout dans le Vieux Continent, la plupart de projets de recherche sont financés en tout ou en partie par des institutions publiques : UE, gouvernements nationaux, conseils régionaux... La recherche est donc financée par des fonds publiques. Mais les résultats de ces recherches financés par des fond publiques sont publiés dans des journaux privés, et pour rendre cette information accessible à d'autres projets de recherche publique les institutions doivent payer à nouveau pour avoir la souscription.
Tout cela contraste beaucoup avec la philosophie Open Souce qui depuis des années imprègne le monde de l'informatique. Jusqu'à que quelqu'un a eu l'idée de mélanger les deux univers dans une initiative appelé Open Access, mais cela sera le contenu de mon prochain billet.
1:Des affaires récents comme celui de Hwang Woo-suk, le scientifique coréen qui avait publié des résultats manipulés montre au même temps les limites et les bienfaits du peer review, car les résultats on passé le premier contrôle et ils ont été publiés, mais sa diffusion a permit à d'autres scientifiques de prouver la manipulation.
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