Une année est passée, on dirait une éternité
Cette semaine, je retourne à BDX I/O, à Bordeaux. J'ai deux talks à donner, plein de gens que j'ai envie de retrouver, et pas mal de choses dans la tête.
L'année dernière, j'y avais parlé de l'avenir du métier de développeur. De l'arrivée des LLM, de ce qu'ils changeaient dans notre façon de travailler, et de cette question qui revenait partout : est-ce qu'on aura encore besoin de développeurs ?
Pour prendre un peu de recul, je racontais les autres révolutions que notre métier avait traversées. Les compilateurs, les terminaux, les langages de haut niveau, toutes ces choses qui avaient déjà annoncé, à leur époque, la fin des programmeurs.
Et je racontais les histoires de mon père.
Il me parlait de l'arrivée du terminal dans les années 70. Du temps où les développeurs, enfin les analystes-programmeurs, écrivaient leur code sur papier avant que d'autres personnes le saisissent. De ceux qui avaient très, très mal vécu de devoir taper eux-mêmes leur code. Un « boulot de secrétaire ».
Il me racontait aussi les réticences devant des langages comme Fortran ou COBOL, « trop simples », « trop proches de l'anglais » ou « pas assez efficaces », pour ceux qui avaient appris à programmer en assembleur.
J'aimais ces histoires. Déjà parce que c'était mon père qui me les racontait. Et parce qu'en écoutant certaines discussions autour de l'IA, j'avais parfois l'impression de les entendre à nouveau, avec un autre vocabulaire.
Après le talk, j'avais prolongé cette réflexion dans une série de six articles, Rewriting the Role. Je les ai relus en préparant ce retour à Bordeaux.
C'est drôle de relire ça presque un an après.
Une année est passée, on dirait une éternité pour le monde du dev.
Je ne pense pas que j'étais tellement à côté de la plaque. Le déplacement de notre travail, de l'écriture du code vers l'expression de l'intention, la conception, la vérification, je le voyais arriver. Les questions sur l'apprentissage, sur ce que devient l'expérience quand la machine peut produire le code, je me les posais déjà.
Mais même en voyant la direction, je n'avais pas mesuré à quel point le changement serait brutal.
Aujourd'hui, je continue à développer, sans taper de code.
Et je continue à m'éclater. Peut-être même plus que jamais. J'ai toujours cette envie de créer des choses sur mon ordinateur, de partir d'une idée, de chercher comment la faire marcher, de voir apparaître quelque chose qui n'existait pas quelques heures auparavant. Je passe beaucoup moins de temps à taper, mais je me sens toujours développeur.
Et puis il y a ce que je vois autour de moi.
Chez Clever Cloud, je travaille avec certains des meilleurs développeurs que j'ai jamais connus. Des gens dont j'admire les connaissances, l'expérience, la compréhension des systèmes sur lesquels ils travaillent. Je les ai vus embrasser ce changement, expérimenter, et réussir ensemble quelque chose qui m'aurait semblé inenvisageable un an auparavant.
Remplacer en à peine quatre mois l'ensemble des API legacy construites au fur et à mesure pendant quinze ans.
Le cœur du réacteur, comme on dit. Remplacé pendant que le réacteur continuait à tourner.
Sincèrement, je suis toujours épaté quand j'y pense.
Mais je vois aussi des collègues développeurs pour qui cette période est douloureuse.
Des gens qui aiment écrire du code. Qui aiment chercher une implémentation, la travailler, trouver la bonne façon d'exprimer une idée dans un langage. Pour lesquels écrire ce code est une partie importante du plaisir de leur métier.
Quand ils disent que l'IA leur a volé ce qu'ils aimaient dans leur travail, je les entends.
Je peux raconter toutes les révolutions précédentes, expliquer que le métier continue, que les compétences se déplacent. Ça ne rend pas ce qu'ils ressentent moins réel. Et mon enthousiasme ne leur rend pas ce plaisir qu'ils ont l'impression de perdre.
Il y a une forme de deuil là-dedans. D'une façon de travailler, peut-être aussi d'une façon de se reconnaître dans son métier.
Aujourd'hui, les histoires de mon père me font réfléchir autrement. Je comprends mieux ceux qui avaient mal vécu ces changements. Quand on a passé des années à apprendre et à aimer une façon de faire, la voir disparaître peut faire mal, même si ce qui arrive ensuite ouvre plein de possibilités.
Et ce mot, deuil, me touche beaucoup en ce moment.
Une année est passée, on dirait une éternité pour ma vie aussi.
Mon père est décédé soudainement en février.
Il était mon inspiration pour ce talk, mais aussi mon inspiration pour devenir développeur, et pour tellement d'autres choses dans ma vie. J'ai encore du mal à faire son deuil.
Vendredi, après BDX I/O, je pars en Espagne pour déposer ses cendres dans le caveau de ses parents, dans les Asturies.
Alors revenir à Bordeaux, revenir à cette conférence où je racontais ses histoires l'année dernière, forcément, ça me fait quelque chose.
Je ne mets pas ces pertes sur le même plan. Mais elles se croisent dans ma tête cette semaine. Elles changent aussi ma façon d'écouter les gens qui me parlent de ce qui leur manque.
Et pourtant, avec tout ça, j'ai envie que ce billet parle aussi d'espoir. Parce que cet enthousiasme pour ce qui vient, je l'ai toujours en moi.
C'est peut-être en partie générationnel. J'ai grandi dans les années 80 et au début des années 90, avec un rapport au futur dans lequel la science et le progrès étaient surtout des promesses. On allait trouver des solutions. On allait découvrir des choses extraordinaires. La singularité, dans mon imaginaire, avait quelque chose de fascinant.
Bien sûr, il y avait déjà Terminator. Puis Matrix est arrivé. Je connais aussi ces histoires-là.
Mais j'ai toujours eu envie de croire qu'on pourrait plutôt aller vers un monde à la Star Trek. Un monde où on aurait dépassé une bonne partie du manque matériel, où une humanité plus unie aurait vaincu quelques-uns de ses démons, et pourrait consacrer son énergie à explorer, à comprendre, à s'étendre dans les étoiles.
Oui, dit comme ça, ça fait peut-être un peu rêveur. Ça me va assez bien.
Je ne sais pas quel futur on va construire. Je vois les raisons de s'inquiéter. Je vois aussi des gens talentueux créer des choses qui auraient été hors de leur portée il y a un an, et je ressens moi-même ce plaisir de pouvoir donner vie à davantage d'idées.
Ça me donne envie de continuer. De développer, d'apprendre, de partager ce que je découvre. Et de prendre au sérieux ce que cette transformation fait vivre aux autres, même quand leur expérience est très différente de la mienne.
Cette semaine, je vais retrouver des développeurs à Bordeaux et parler de serveurs MCP et d'architecture cloud. Puis je prendrai la route des Asturies avec les cendres de mon père.
J'aurais aimé pouvoir lui raconter tout ça. Ce qu'on arrive à construire maintenant, les choses qui me surprennent, celles qui me font réfléchir. J'aurais aimé entendre ce qu'il en pensait.
Une année est passée, on dirait une éternité.
Et j'ai toujours envie de voir la suite.
Shroomtober : un porteur et un sage
Quelqu'un pour porter, quelqu'un pour se souvenir
Le billet d'hier se terminait sur « je découvrirai qui ils sont quand le crayon les trouvera ». Eh bien, le crayon en a trouvé deux de plus. La colonie a maintenant un porteur et un sage, et avec eux elle commence à ressembler à un endroit où l'on vit vraiment : il faut bien quelqu'un pour porter le bois, et quelqu'un pour raconter les histoires.
N° 3 : le Cèpe Porteur, la silhouette la plus difficile jusqu'ici
Le dos le plus solide de la forêt, et peut-être le cœur le plus gentil.
C'est lui qui fournit à la colonie tout ce dont elle a besoin : des baies fraîchement cueillies, du bois de chauffage, et de temps en temps un mystérieux trésor trouvé au plus profond des bois. Il n'est pas rapide, mais il est fiable, d'une patience infinie et toujours prêt à donner un coup de main. Simplement, ne lui demandez pas de se dépêcher. Les bonnes choses prennent du temps, surtout quand on porte la moitié de la forêt sur son dos.
Le cèpe a été le vrai test de mon unique règle, chaque champignon doit avoir sa propre silhouette. Un cèpe, c'est un chapeau en dôme sur un pied court et massif, autrement dit à peu près ce qu'est déjà l'Amanite. Le repeindre en brun n'allait pas suffire.
Le chapeau est donc devenu plus large et plus plat, le pied beaucoup plus épais, et le sac a fait le reste. Posé derrière lui, il change son contour sous tous les angles : une bosse sur le côté vu de face, et presque la moitié du personnage vu de dos.
Sur la bande de 55 mm, c'est le sac qu'on voit en premier. Personne ne le confondra avec l'Amanite.
N° 4 : le Sage Morille, le premier vieux
Vieux comme la forêt, sage comme ses racines, et un tout petit peu distrait.
Personne ne se souvient du jour où il est apparu dans la colonie. Son chapeau alvéolé est couvert de mousse, et sa barbe verte pousse depuis plus longtemps que la plupart des Shroomfolk ne sont en vie. Il parcourt la forêt appuyé sur son bâton tordu, en partageant une sagesse ancienne, des histoires oubliées et, à l'occasion, des conseils plutôt discutables. Il connaît chaque sentier secret, chaque source cachée et chaque conte que les arbres ont jamais murmuré. Il oublie juste parfois quelle histoire il était en train de raconter.
Après trois champignons joyeux, c'est le premier qui a de l'âge. Son chapeau est plus haut que son corps, son dos un peu voûté, son sourire se perd quelque part dans toute cette mousse, et même son bâton a commencé à faire des feuilles. Mais les pieds restent les mêmes grands pieds de Shroomfolk. Il y a des choses que l'âge ne change pas.
Aucun souci de silhouette avec lui : ce haut cône alvéolé est la forme la plus reconnaissable de la colonie pour l'instant.
Quatre de faits
Un dôme rouge, un entonnoir doré, un dôme brun avec un sac, un cône alvéolé. Quatre champignons, quatre contours, un seul air de famille.
4/13. Plus que neuf, et dix-huit jours devant moi. 🍄
À bientôt,
Horacio Gonzalez - LostInBrittany
Shroomtober est publié par Korrigan Press, où se trouve le billet sur le Cèpe Porteur et le Sage Morille. Les avancées sont sur Instagram @lostinbrittany avec le hashtag #Shroomtober.
Shroomtober : treize champignons, quatre jours de retard
J'aurais dû le voir venir
La dernière ligne de mon billet sur Gnomesummer, c'était Attention aux champignons. Un clin d'œil aux gnomes des livres, assez petits pour s'abriter sous l'un d'eux. Deux mois plus tard, les champignons ont leur propre projet.
Il s'appelle Shroomtober, et il a commencé comme mes projets commencent apparemment désormais : avec quatre jours de retard sur le mois d'octobre. Et ce billet arrive encore une semaine après. Au moins, je suis constant dans le retard.
Le rythme que j'essaie cette fois
L'an dernier, Goblintober était un sprint quotidien : un gobelin par jour, 31 jours, un thème imposé pour chacun. J'ai adoré, mais avec le recul, la contrainte réfléchissait à moitié à ma place. Gnomesummer, c'était l'inverse : cinq gnomes sur tout un été, et le temps de rester avec chacun jusqu'à ce qu'il ait une vraie vie intérieure.
Shroomtober essaie de garder le meilleur des deux. Le calendrier d'octobre des gobelins, le rythme plus lent et centré sur les personnages des gnomes. L'objectif : 13 figurines en papier avant Halloween. Treize parce que c'est le bon nombre pour la saison, et parce qu'en commençant avec quatre jours de retard, promettre 31 aurait été me tendre un piège à moi-même.
Pas de rythme quotidien. Juste une échéance.
Pas de liste, exprès
C'est la partie vraiment nouvelle pour moi. Avec Goblintober, j'avais toute la liste dès le premier jour. Cette fois, non.
J'ai quelques idées sur les autres habitants de cette petite colonie, mais je vais les découvrir en dessinant. Le vrai champignon vient d'abord : sa forme suggère qui est le personnage, et le personnage suggère ce qu'il fait dans les bois. Si une meilleure idée arrive en milieu de mois, elle entre.
Et ce n'est pas une bande de guerriers. Les gobelins étaient une armée ; les gnomes, un village obligé de se défendre. Les Shroomfolk ne combattent personne. Ils cueillent, ils portent des choses, ils font leur vie de champignons.
La seule règle que je me suis fixée : chaque nouveau champignon doit avoir sa propre silhouette. À l'échelle d'une figurine papier, c'est le chapeau qui parle. Si deux d'entre eux se ressemblent vus de l'autre bout de la table, il faut en redessiner un.
N° 1 : l'Amanite Shroomfolk, l'espèce avant les métiers
Pas d'armure. Pas d'armes. Pas de pantalon. Juste un champignon à qui ont poussé, on ne sait trop comment, des bras, des pieds énormes et un sourire.
J'ai dessiné le premier volontairement simple. Avant de dessiner un champignon avec un métier, il fallait savoir ce qu'est un Shroomfolk : deux points pour les yeux, une petite courbe pour la bouche, un pied qui se prolonge tout simplement en corps, et des pieds bien trop grands pour lui. Tous ceux qui suivront hériteront du visage, de l'attitude et des pieds, et changeront le reste.
Chaque figurine commence par une planche comme celle-ci : vues de face, de profil et de dos, avec les pastilles de la palette en haut. Une poignée de couleurs seulement, et c'est le rouge qui fait presque tout. Ensuite, le recto et le verso passent sur une bande de 55 mm, prête à imprimer, découper, plier et socler :
N° 2 : la Chanterelle Cueilleuse, la première avec un métier
La deuxième a du travail : un panier tressé presque plein de baies et de verdure, et un air très content d'elle.
C'était le premier vrai test de la règle des silhouettes. Le piège facile, c'était de dessiner « l'Amanite, repeinte en orange ». Ce qui l'a sauvée, c'est la chanterelle elle-même : le chapeau s'évase vers le haut en entonnoir ondulé au lieu de retomber en dôme, et les plis descendent jusque dans le pied. Le corps est donc devenu plus haut et plus fin, les pieds un peu plus étroits, et la palette est passée au doré. Même visage, mêmes pieds. Un air de famille, une autre forme.
Et ensuite ?
Honnêtement, je ne sais pas encore, et c'est ça qui est amusant. Onze autres champignons attendent quelque part dans les bois, et je découvrirai qui ils sont quand le crayon les trouvera.
2/13. 🍄
À bientôt,
Horacio Gonzalez - LostInBrittany
Shroomtober est publié par Korrigan Press, où se trouve le billet de présentation du projet. Les avancées sont sur Instagram @lostinbrittany avec le hashtag #Shroomtober.
La quadrature du cercle : un Creeper de Minecraft au crochet
Une commande venue de l'Overworld
Mon fils cadet est à fond dans Minecraft. Pas « il y joue de temps en temps » : plutôt le genre où l'on parle de redstone à table, et où le moindre sifflement dans la maison déclenche une réaction.
Son grand frère a eu son Luffy. Ce n'était qu'une question de temps avant que le petit veuille quelque chose lui aussi, et il n'y a jamais eu le moindre doute sur ce que ce serait. Il fallait un Creeper.
Le problème avec les Creepers
Tout ce que j'avais crocheté jusque-là était rond. Des têtes, des corps, des bonnets à œuf, des chapeaux de paille : tout commence par un cercle magique et grandit en rangs concentriques, et l'amigurumi se sent très bien dans ce monde-là. Le rond, c'est ce que le crochet fait naturellement.
Un Creeper n'est pas rond. Un Creeper est fait de blocs, comme tout le reste dans Minecraft. Un Creeper rond, c'est juste une pomme de terre verte avec une tête, et mon fils l'aurait repéré tout de suite.
Cette fois, j'ai donc dû apprendre quelque chose de nouveau : faire des carrés et des rectangles au crochet.
Apprendre à prendre les virages
L'astuce, une fois comprise, est presque décevante de simplicité. Pour un cercle, on répartit les augmentations régulièrement sur le tour, et la pièce grandit de la même façon dans toutes les directions. Pour un carré, on arrête de les répartir : on empile toutes les augmentations à quatre endroits, tour après tour, et ces quatre endroits deviennent des coins.
Ensuite viennent les côtés. Pour passer d'un dessus plat à une paroi verticale, la pièce doit former une arête nette au lieu de s'arrondir doucement comme une balle. Et pour fermer le cube, on refait tout à l'envers.
Il m'a fallu plusieurs essais, et les premiers ressemblaient plus à des coussins qu'à des cubes. Mais à un moment les mailles ont commencé à obéir, les coins sont restés là où je les avais mis, et je me suis retrouvé avec un bloc vert posé sur l'accoudoir du canapé.
Le visage est brodé en laine noire, carré par carré, en essayant de respecter la grille de pixels de l'original. Ce célèbre visage triste et un peu menaçant ne tient qu'en une poignée de pixels, alors chacun compte. On en rate un, et il ne ressemble plus à un Creeper mais à une grenouille étonnée.
Des blocs jusqu'en bas
Une fois la tête réussie, le reste n'était que la même leçon appliquée à nouveau : un grand bloc rectangulaire pour le corps, et de petits blocs trapus pour les pieds. Un rectangle, finalement, c'est un carré qui a de l'ambition, et la méthode a suivi sans trop de drames.
Le crochet est souple, donc aucun de ces blocs n'est parfaitement net. Les arêtes sont un peu arrondies, le rembourrage bombe légèrement les faces. J'ai décidé que ça me plaisait comme ça : il a l'air d'un Creeper qu'on aime assez pour le serrer dans ses bras, ce qui est à peu près ce qu'il est.
Ssssss…
Le voici. Tête cubique, corps en bloc, pieds en blocs, et ce visage.
Ce que j'ai aimé dans celui-ci, c'est que ce n'était pas juste un amigurumi de plus. C'était une nouvelle technique. Après un bon moment à faire des choses rondes, je commençais à me sentir à l'aise, et le Creeper m'a ramené à ne pas savoir faire quelque chose, puis à trouver comment. C'est mon moment préféré dans n'importe quel loisir, et c'est comme ça que je sais que je progresse.
Mon fils a maintenant un Creeper qui n'explosera jamais. Et moi, j'ai une nouvelle corde à mon arc, et une tête déjà pleine d'autres choses cubiques à fabriquer.
Avez-vous déjà dû désapprendre le « rond » au crochet ? Racontez-moi ce qu'est devenu votre premier carré.
À bientôt,
Horacio Gonzalez - LostInBrittany
Pourquoi j'ai créé r/SovereignIT
Ça fait des années que je travaille autour de la souveraineté technologique : six ans chez OVHcloud, et depuis chez Clever Cloud, où je suis VP DevRel. Pendant l'essentiel de cette période, aborder le sujet dans une conversation technique provoquait l'une de ces deux réactions : un ennui poli, ou la certitude que j'étais en train de faire de la politique. La souveraineté, c'était un mot de ministère et de rapport sur la politique industrielle. Ça n'avait pas l'air d'avoir sa place dans une discussion sur l'endroit où l'on déploie son application.
Ça a changé, et pas parce que quelqu'un aurait gagné le débat.
Les dépendances ont cessé d'être hypothétiques
L'infrastructure cloud s'est concentrée entre les mains d'une poignée d'acteurs. Le droit extraterritorial américain atteint des données hébergées sur le sol européen, et le raisonnement juridique sur la portée exacte de cette atteinte n'arrête pas de bouger. L'accès aux modèles d'IA et à la puissance de calcul qui les entraîne est contrôlé par un petit nombre d'entreprises, dans un petit nombre de pays. Les chaînes d'approvisionnement en semi-conducteurs passent par des goulets d'étranglement qui étaient invisibles jusqu'au jour où ils ont cessé de l'être. Des entreprises technologiques européennes continuent d'être rachetées par des groupes étrangers, en général avec un communiqué sur la continuité et l'investissement.
Rien de tout cela n'est nouveau. Ce qui a changé, c'est que les conséquences sont devenues lisibles. Ce ne sont plus des questions théoriques sur qui possède quoi. Elles déterminent qui contrôle nos données, nos infrastructures et les technologies dont nous ne savons plus nous passer, et surtout quelles marges de manœuvre il restera à l'Europe pendant une crise politique, économique ou technologique. Une dépendance qu'on n'a jamais examinée est un choix qu'on a déjà fait, sans s'en rendre compte.
La conversation existe, le lieu n'existe pas
Voilà ce qui me frustre. Une actualité tombe : un rachat, une décision de justice, un choix de marché public, la sortie d'un modèle à l'accès restreint, une nouvelle réglementation qui fera ou ne fera pas ce qu'elle prétend. Ça produit une bonne conversation pendant environ un jour et demi, répartie entre trois réseaux sociaux, deux newsletters et un couloir de conférence. Et puis ça disparaît.
L'actualité suivante arrive et repart de zéro, comme si la précédente n'avait jamais existé. Personne ne les relie, parce qu'il n'y a nulle part où les relier. Prises isolément, ces informations ne sont pas si intéressantes. C'est le motif qu'elles dessinent ensemble qui compte, et c'est précisément lui qu'on perd.
Alors hier j'ai créé un subreddit : r/SovereignIT.
Il est en anglais, délibérément. Je travaille en France, et une bonne partie de mes conversations quotidiennes sur ces sujets se passe en français, mais la souveraineté technologique n'est pas une préoccupation française. Elle est européenne, et au-delà internationale. Je veux dans le même fil de discussion des gens de pays différents et d'écosystèmes technologiques différents, y compris des gens dont la situation nationale ne ressemble en rien à la nôtre.
Ce qu'on y trouve
En gros : les fournisseurs de cloud européens et l'infrastructure numérique. Les dépendances technologiques et l'autonomie stratégique. L'open source, les standards ouverts, l'interopérabilité et la réversibilité. Les entreprises technologiques européennes, leur financement et leurs repreneurs. Le rôle des hyperscalers américains en Europe. La souveraineté des données et les législations extraterritoriales. La souveraineté de l'IA : modèles, calcul, infrastructure. Les semi-conducteurs, le matériel et les chaînes d'approvisionnement. La commande publique, la réglementation et la politique industrielle. Et la critique de l'agenda souverainiste lui-même, sur laquelle je reviens plus bas.
Ce que je ne cherche pas à faire, c'est collecter tout ce qui contient le mot « souveraineté ». L'essentiel de ce qui porte cette étiquette est du bruit. Le filtre, c'est de savoir si un lien révèle une vraie dépendance, un vrai choix stratégique ou un vrai arbitrage, et s'il mérite le temps de quelqu'un qui connaît déjà les bases.
Ce n'est pas une communauté Clever Cloud
C'est une initiative personnelle. r/SovereignIT n'est en rien un espace officiel de Clever Cloud.
Mon travail façonne évidemment ma façon de voir ces questions. Je passe mes journées autour de l'infrastructure cloud européenne et des gens qui la choisissent ou la refusent, et c'est un poste d'observation utile. Il arrivera que des actualités Clever Cloud y aient leur place. Mais le subreddit doit rester bien plus large qu'une entreprise, et il ne doit jamais devenir un canal promotionnel. S'il finit par être un endroit où la réponse à toutes les questions de souveraineté se trouve être mon employeur, il aura échoué, et il l'aura mérité.
La souveraineté n'est pas l'autarcie
Le subreddit n'a pas vocation à applaudir quelque chose au seul motif que c'est européen, ou qu'une équipe marketing a décidé de l'appeler souverain.
La souveraineté technologique est bien plus compliquée que le remplacement de chaque produit américain par un équivalent européen. Le vrai travail consiste à déterminer quelles dépendances comptent réellement, où l'Europe a besoin d'une capacité autonome, où les standards ouverts et la possibilité de partir suffisent, où les partenariats internationaux sont nécessaires et sains, et où l'on peut construire assez de rapport de force pour garder nos options ouvertes. La souveraineté, telle que je la comprends, ce n'est pas l'autosuffisance. C'est comprendre ses dépendances, les choisir délibérément, et rester capable de changer d'avis.
C'est pour ça que les contre-arguments n'y sont pas une nuisance tolérée : ils font partie de la matière. La critique du protectionnisme. Les réglementations mal conçues, et il y en a. Les alternatives « souveraines » simplement moins bonnes, qu'on nous demande d'adopter par devoir. Les fantasmes de reconstruction de piles technologiques entières en partant du sable. La souveraineté utilisée comme étiquette vide pour gagner un appel d'offres. Tout ça y a sa place.
Ce que j'aimerais que ça devienne
Un endroit où trouver les actualités et les analyses qui valent vraiment la lecture. Une archive partagée où un événement isolé peut être relié à la tendance de fond à laquelle il appartient. Un lieu où praticiens, chercheurs, décideurs publics et citoyens intéressés discutent dans le même fil. Un espace où les affirmations sur la souveraineté sont interrogées plutôt que répétées.
Je ne vais pas fabriquer de l'activité. Je préfère publier quatre choses par semaine avec assez de contexte pour lancer une vraie conversation que quarante liens que personne n'ouvre.
Si tout ça vous intéresse, venez nous rejoindre. Postez ce que vous lisez. Répondez à quelqu'un. Et si vous pensez que tout l'agenda de la souveraineté technologique est mal orienté, protectionniste ou naïf, c'est un argument que j'ai envie de voir là-bas, correctement défendu.
À bientôt,
Horacio Gonzalez - LostInBrittany
Du bonnet à œuf au chapeau de paille : Monkey D. Luffy au crochet
Où une blague sur le petit-déjeuner finit en pirate
Chacun de mes projets commence à des kilomètres de là où il finit. Celui-ci a commencé dans le frigo.
J'ai fait un minuscule bonnet orange. Pour un œuf. Il n'y avait aucun plan derrière, juste l'envie de voir si j'arrivais à crocheter quelque chose d'aussi petit. Une fois le bonnet terminé, la suite coulait de source : le poser sur un œuf, lui dessiner une tête et le laisser dans le bac à œufs pour que quelqu'un tombe dessus.
Ma femme a ri, et c'était une erreur
Parce qu'il ne m'en faut pas plus.
Si un œuf a droit à un chapeau, le reste de la boîte est victime d'une injustice. J'en ai donc commencé un deuxième, et quelque part entre la boucle magique et le premier tour d'augmentations, la laine jaune que j'avais en main a cessé d'être simplement de la laine jaune. Calotte jaune, ruban rouge, bord large. Il n'existe qu'un seul chapeau qui ressemble à ça, et n'importe quel fan de One Piece le reconnaît à dix mètres.
Le chapeau de paille pour œuf est mieux sorti que le bonnet. Le plus intéressant, c'était le bord : il doit s'évaser bien à plat sans gondoler, ce qui demande beaucoup d'augmentations réparties aux bons endroits, et une certaine tolérance au détricotage quand le résultat ressemble plutôt à un saladier.
Nube l'essaie
Notre chatte, Nube, n'a jamais donné son consentement à quoi que ce soit, mais elle reste immobile quand elle est bien, et ça revient à peu près au même.
Elle l'a porté quatre secondes. C'était largement suffisant. Devant une chatte blanche profondément blasée coiffée d'un chapeau de paille, l'étape suivante a cessé d'être une idée pour devenir une simple chose que je n'avais pas encore faite : si le chapeau est aussi reconnaissable à cette taille, il fallait bien que le reste de Luffy existe en dessous.
Mon fils aîné adore One Piece. Le projet avait choisi son destinataire avant même que je prenne le crochet.
Pas de patron, juste beaucoup d'observation
Je n'ai suivi aucun patron. J'ai en revanche passé un nombre gênant de soirées à regarder ceux des autres.
Il existe des dizaines d'amigurumis de Luffy, beaucoup sont magnifiques, mais aucun n'était celui que j'avais en tête. Certains trop chibi, d'autres trop réalistes, et la plupart nettement plus grands que le chapeau que j'avais déjà fabriqué. C'était ça, la vraie contrainte : le chapeau existait en premier, donc tout le reste devait être construit pour aller avec un chapeau que je n'avais pas l'intention de refaire.
Le « patron » a donc surtout été une lente accumulation d'idées piquées à droite et à gauche. La façon dont telle personne gère les cheveux. La façon dont telle autre fixe les bras. À quoi ressemble un visage quand les yeux sont aussi gros par rapport à la tête. Ensuite, beaucoup de comptage, beaucoup de détricotage, et un corps dimensionné en le tenant contre le chapeau tous les trois tours.
Le monter pièce par pièce
Il s'est assemblé par étapes, et chaque étape avait l'air ratée jusqu'à ce que la suivante la rattrape.
Le corps nu est l'objet le moins prometteur que j'aie jamais crocheté : un truc chauve et vide avec des yeux immenses, plus poupée hantée que capitaine pirate. Puis les cheveux sont arrivés, mèche par mèche en laine noire, et tout a basculé en une vingtaine de minutes. Les cheveux font ici un travail absolument disproportionné.
Le gilet rouge est venu ensuite, crocheté à part et ouvert devant pour laisser voir le torse et la cicatrice. À ce stade il était reconnaissable mais bizarrement fade, et j'ai failli m'arrêter là.
Heureusement que non. Ce sont les derniers détails qui ont tout fait basculer : la ceinture jaune nouée à la taille, et les sandales, avec leurs lanières brodées au fil foncé. Minuscules, pénibles, cinq minutes de travail chacune, et ce sont pourtant elles qui font la différence entre « une poupée au crochet avec un chapeau de paille » et « Luffy ».
Il vit dans la chambre de mon fils
Mon fils l'a adoré. C'est toute la récompense, et elle vaut chaque tour détricoté : il l'a pris, retourné dans tous les sens, trouvé la cicatrice sous l'œil et les lanières des sandales, puis l'a posé bien en vue. Luffy est dans sa chambre maintenant, sur une étagère, ce qui est la plus haute distinction disponible dans cette maison.
Vingt centimètres de pirate, descendant en ligne directe d'une blague sur un œuf.
Et vous, est-ce qu'un de vos petits projets idiots a déjà dégénéré en quelque chose qui compte vraiment ? Racontez-moi où le vôtre a atterri.
À bientôt,
Horacio Gonzalez - LostInBrittany
Gnomesummer : cinq gnomes, deux oies et pas un seul soldat
Un village sans guerriers, et ce qu'il a attrapé à la place
En octobre dernier, j'ai rempli ma table de 31 faces vertes hargneuses pour Goblintober. Cet été, j'ai pris la direction opposée : moins de figurines, des visages plus doux, et un projet qui s'est révélé bien plus personnel que prévu.
Gnomesummer est fini. Cinq gnomes et deux oies, créés pour la Paper Miniature Jam 4, et le set complet est maintenant en ligne sur itch.io, gratuit ou à prix libre.
Pas ces gnomes-là
Quand on dit « gnome » autour d'une table de jeu, tout le monde imagine le bricoleur : lunettes de soudeur, clés à molette, cheveux bleus, une machine sur le point d'exploser. Ce n'est pas le gnome de mon enfance.
Les miens, ce sont les gnomes de David le Gnome, ceux des livres et du dessin animé. Bonnet pointu, bottes, petites lunettes rondes. Des habitants de la forêt qui vivent quatre cents ans, remettent en place l'aile de chaque oiseau qu'ils trouvent, et sont pacifistes jusqu'à l'os.
C'est de là que vient tout le projet, en fait. David était médecin. Ce détail m'est resté en tête pendant une quarantaine d'années, et quand je me suis assis pour esquisser une bande, c'est la première chose qui est sortie du crayon.
Je n'ai changé qu'une seule chose, et uniquement parce que les tables de jeu sont impitoyables. Dans les livres, un gnome mesure quinze centimètres, assez petit pour s'abriter sous un champignon. C'est charmant sur la page et catastrophique à côté de vos autres figurines. Les miens font donc à peu près un mètre, bonnet compris : plus petits qu'un gobelin de la tête aux pieds, et plus grands dès qu'on compte le bonnet.
Quand la forêt est découverte
Voici la prémisse autour de laquelle j'ai construit la bande.
Pendant des siècles, la forêt des gnomes n'était tout simplement sur aucune carte. Trop profonde, trop enchevêtrée, trop facile à contourner, et ça convenait très bien aux gnomes. Puis, une saison, ça a cessé d'être vrai. Les orcs sont venus pour le bois. Les gobelins sont venus parce que les gobelins viennent toujours. Les elfes sont arrivés pour « protéger » la forêt, ce qui revenait à décider qui avait le droit d'y vivre. Et les loups, vieux voisins et vieux accords, ont trouvé de nouveaux maîtres qui les nourrissaient mieux que les bois ne l'avaient jamais fait.
Les gnomes n'avaient pas de guerriers. Ils n'avaient même pas de mot pour guerrier. Ce qu'ils avaient, c'était quatre cents ans de patience et ce qu'ils tenaient déjà entre les mains.
D'où la consigne que je me suis donnée pour le dessin : chaque figurine doit avoir l'air de quelqu'un qui préférerait être ailleurs, à faire quelque chose de plus gentil. Des pacifistes à court d'options sont bien plus intéressants à dessiner qu'une énième escouade de soldats professionnels.
La bande
La Garde-Lance
Une lance qui est surtout un bâton de marche. Un bouclier qui était autrefois un plateau de table. Elle tient la ligne, et ça ne l'enchante pas du tout. Les lunettes sont volontaires : ce n'est pas une soldate, c'est la mère de quelqu'un avec un bâton pointu.
Le Guérisseur
Le médecin du village, et la raison d'être de tout ce projet. Quatre cents ans à remettre en place des ailes d'oiseaux et des pattes de blaireaux. C'est le seul de la bande à ne rien porter qui puisse blesser qui que ce soit. Il a réparé un millier d'os brisés, et pas un seul ne l'avait été exprès.
Le Bûcheron
Tous les autres improvisent une arme à partir d'un outil. Son outil, lui, était déjà une arme. Deux cents ans à fendre le chêne, et une hache se moque bien de ce qu'on lui donne à fendre. Il ne voulait pas être doué pour ça, et il l'est. Plus personne au village ne le regarde en face, et il l'a remarqué.
La Fronde à Glands
Une fronde de berger et une bourse de glands, la même qu'elle utilise depuis quatre-vingts ans pour éloigner les corbeaux des jeunes pousses. Rien là-dedans n'a jamais été une arme. Elle ne rate jamais.
La Gardienne des Oies
La matriarche du village, les clés du cellier à la ceinture et quatre cents ans d'autorité derrière elle. Quand les envahisseurs sont arrivés, elle n'est pas allée chercher une arme. Elle avait un rouleau à pâtisserie, et elle avait les oies : territoriales, furieuses, presque aussi grandes qu'elle. Elle les a simplement lâchées vers la lisière.
Si la Garde-Lance est la mère de quelqu'un avec un bâton pointu, elle, c'est la grand-mère de quelqu'un avec un rouleau à pâtisserie et deux oies très en colère. C'est peut-être la plus dangereuse du set.
Pourquoi rien ne s'accorde
Regardez-les tous les cinq ensemble : les couleurs jurent. C'est voulu, et c'est la décision de design dont je suis le plus content.
Une bande en uniforme suppose un intendant qui distribue l'équipement. Ces gnomes ont attrapé ce qu'ils possédaient déjà et ont franchi la porte. Ce sont des civils, pas une troupe, et je voulais que ça se voie jusque dans leurs vêtements. Le seul fil que j'ai gardé constant, c'est la silhouette, bonnet pointu et carrure ronde, pour qu'ils se lisent comme une même bande quel que soit l'écart des palettes.
Les oies ont leur propre socle sur la planche d'impression, vous pouvez donc les réutiliser librement : alignez toute une volée, ou glissez-les dans n'importe quelle partie comme des animaux de ferme d'humeur exécrable.
À imprimer et à jouer
Le set complet est en ligne, gratuit ou à prix libre :
→ Gnomesummer – La bande de gnomes au complet sur itch.io
Chaque figurine s'imprime recto verso sur une bande de 55 mm, environ 30 mm jusqu'à la pointe du bonnet, de quoi tenir debout à côté de figurines au 28 mm. Imprimez autant d'exemplaires de chacune que votre table le demande, découpez, pliez, soclez, jouez. Et comme une certaine bande verte est passée par ici l'automne dernier, elles s'opposent directement aux gobelins de Goblintober, une bataille désormais canonique chez moi.
Cinq figurines, c'est un rythme très différent de 31. Goblintober était un sprint quotidien où la contrainte réfléchissait à ma place ; Gnomesummer m'a laissé rester des jours avec chaque personnage et lui donner une vraie vie intérieure. Je ne sais pas lequel des deux j'ai préféré, mais je sais lequel m'a fait repenser le plus souvent aux livres de mon enfance.
Merci à toutes celles et ceux qui ont suivi l'aventure tout l'été, sur le blog, sur Instagram et sur les forums, et qui ont donné leur avis en chemin. Un village qui n'avait pas de soldats, pas de guerriers, pas même un mot pour ça, a défendu ses bois avec des bâtons de marche, des ustensiles de cuisine et des volailles, et le voilà maintenant sur votre table à vous aussi.
Attention aux champignons.
À bientôt,
Horacio Gonzalez - LostInBrittany
Gnomesummer est publié par Korrigan Press. Le making-of complet se trouve dans le billet d'introduction et le billet de sortie. Les avancées au jour le jour sont sur Instagram @lostinbrittany.
Le blog est de retour (11 ans après)

Onze ans. Onze ans que ce blog est resté silencieux. Le dernier billet datait de janvier 2015, quand je dessinais des réactions aux attentats de Charlie Hebdo. Et puis... plus rien.
Le blog n'est pas mort pendant ces onze ans, attention. Il a continué à exister, fidèle à son poste, tournant sur son serveur WordPress. Il recevait ses mises à jour de sécurité, ses patches de plugins, ses montées de version. Tout ça pour un blog que plus personne ne lisait, même pas moi. C'est un peu absurde quand on y pense : maintenir un WordPress à jour, c'est comme tondre la pelouse d'une maison abandonnée.
L'âge d'or de la blogosphère
Ce blog a été créé en 2006, d'abord sur Dotclear, puis migré vers WordPress. C'était l'âge d'or de la blogosphère française, quand les blogs étaient des lieux de conversation et de communauté. On avait des blogrolls (vous vous souvenez des blogrolls ?), on se citait les uns les autres, on commentait chez les copains. C'était une époque où le web était encore un endroit à taille humaine.
1156 billets. Oui, mille cent cinquante-six. Des billets sur le développement web, sur les jeux de rôles, sur mes dessins, sur la Bretagne, sur la vie d'expatrié espagnol, sur à peu près tout ce qui me passait par la tête entre 2006 et 2015. Et 2447 commentaires, qui sont une partie tout aussi importante de l'histoire de ce blog.
Pourquoi migrer ?
La question n'était pas vraiment pourquoi migrer, mais plutôt pourquoi ne pas simplement éteindre. Et la réponse est simple : vingt ans de souvenirs, ça ne s'efface pas comme ça. Ce blog contient des dessins que je ne retrouverai nulle part ailleurs, des conversations avec des gens que je ne vois plus, des traces d'une époque révolue du web.
Mais maintenir un WordPress pour un blog-archive, c'est un non-sens. Une base de données MySQL, un serveur PHP, des mises à jour de sécurité permanentes, des plugins qui cassent à chaque montée de version... Tout ça pour servir du contenu statique qui ne change plus jamais.
La solution : Eleventy. J'utilise déjà Eleventy pour mes autres sites (lostinbrittany.com et lostinbrittany.dev). C'est un générateur de sites statiques : du Markdown qui se transforme en HTML. Pas de base de données, pas de serveur applicatif, pas de failles de sécurité WordPress. Juste des fichiers statiques déployés en quelques secondes.
1156 billets, c'est beaucoup
Le problème, c'est que migrer 1156 billets à la main, c'est tout simplement impossible. Le contenu est un joyeux mélange de HTML brut, de shortcodes WordPress, d'images dans tous les formats, de vidéos embarquées, de scripts JavaScript inline (oui, j'avais fait une animation de sprite en JavaScript en 2007, et elle marche encore). Et je voulais garder les commentaires, parce qu'ils font partie de l'histoire.
C'est là que Claude Code entre en jeu.
La migration avec Claude
J'ai fourni à Claude l'export XML WordPress, les templates du projet Eleventy, les composants WebC, et je lui ai demandé de construire le script de migration. En quelques heures de travail collaboratif, itération après itération, on a construit ensemble :
- Un script de migration (
wp-to-11ty.js) qui parse l'export XML WordPress, convertit le HTML en Markdown avec Turndown, génère le front matter Eleventy, et préserve les blocs HTML avec attributs (lesdivavec des classes CSS, lesstyleetscriptinline) - Un script de migration des commentaires (
wp-comments.js) qui extrait les 2447 commentaires et les stocke en JSON, avec les gravatars - La réécriture des URLs : les chemins
/dotclear/images/, les URLs absolueslostinbrittany.org, les images hébergées sur d'autres domaines — tout a été réécrit pour pointer vers des copies locales - La pagination de la page d'accueil, les pages de tags, les archives par année/mois, le blogroll avec les sprites des BD brestoises, le flux RSS
- L'adaptation des couleurs et polices du thème WordPress original : le brun doré
#7f4c00, le fond#dab873, la police Trebuchet MS - Le nettoyage des scripts externes morts (widgets Ubuntu, gadgets Google) tout en préservant les scripts inline fonctionnels
Le résultat, c'est ce que vous êtes en train de lire.
Ce que ça dit sur notre époque
Il y a un an, cette migration aurait été dans ma liste des "trucs que je ferai quand j'aurai le temps", c'est à dire jamais. Pas parce que c'est techniquement impossible, mais parce que le rapport effort/bénéfice ne justifiait pas les dizaines d'heures nécessaires.
Les assistants IA ne remplacent pas le développeur. Ils changent le calcul coût/bénéfice. Des projets qu'on repoussait indéfiniment deviennent soudain réalisables en une journée. Du code legacy qu'on n'osait pas toucher devient migrables. Des archives qu'on aurait laissé mourir sont sauvées.
Ce blog est maintenant un site statique. Plus de WordPress, plus de MySQL, plus de PHP, plus de mises à jour de sécurité. Juste 1156 billets en Markdown, 2447 commentaires en JSON, et vingt ans de souvenirs préservés dans un format qui durera.
Bienvenue de retour sur LostInBrittany.
Mise à jour : quelques billets rapatriés
Octobre 2026. Entre l'automne 2025 et ce retour, j'ai écrit sur LostInBrittany.com, mon blog geek en anglais, français et espagnol. Depuis, les versions françaises de mes nouveaux billets sont publiées ici. Pour que l'archive soit complète, j'ai rapatrié aussi les billets français de cette période : ils apparaissent donc avec leur date d'origine, avant ce billet de retour, même s'ils sont arrivés ici après lui.
Vous y trouverez mes débuts au crochet, d'un trapèze bancal au bonnet de Père Noël pour une Funko Pop, le défi Goblintober pour Korrigan Press, et le réveil de mon imprimante 3D avec des boîtes de Leitner.
Boîtes de Leitner : Quand l'impression 3D devient utile
Parfois, les meilleurs projets sont ceux qui aident votre famille
Mon imprimante 3D était inactive depuis un moment. Pas cassée, pas oubliée – juste... en attente. Entre le travail et la vie quotidienne, je n'avais pas trouvé de projet qui suscite cette envie créative. Jusqu'à ces vacances de Noël, quand mon fils a mentionné son prochain examen d'anglais et une pile de verbes irréguliers à mémoriser.
Le long chemin jusqu'ici
Je m'intéresse à la modélisation et à l'impression 3D depuis plus de 15 ans maintenant. Tout a commencé avec un objectif très précis : imprimer des figurines Blood Bowl personnalisées. À l'époque, posséder une imprimante n'était pas vraiment une option, alors j'utilisais Shapeways – téléchargeant mes designs et les recevant par courrier des semaines plus tard. L'anticipation faisait partie de la magie.
Finalement, j'ai mis la main sur une Ultimaker. Pas de tutoriels, pas de filet de sécurité – juste des essais, des erreurs et beaucoup d'impressions ratées. Mais avec chaque échec venait la compréhension, et lentement, j'ai appris le métier.
Il y a quelques années, juste avant la pandémie, j'ai acheté une Ender 3 v2. Cette imprimante a beaucoup travaillé – principalement pour imprimer des accessoires et des véhicules Playmobil pour les enfants. Petites voitures, minuscules meubles, pièces personnalisées qui donnaient vie à leurs jeux imaginatifs.
Mais ces deux dernières années ? L'imprimante prenait la poussière. Trop occupé, trop distrait, trop d'autres priorités.
Place à la boîte de Leitner
Pour ceux qui ne connaissent pas, une boîte de Leitner est un système d'apprentissage d'une simplicité brillante. Vous organisez des cartes mémoire dans des compartiments en fonction de votre niveau de maîtrise. Les cartes avec lesquelles vous avez des difficultés restent dans le premier compartiment et sont révisées fréquemment. Au fur et à mesure que vous les maîtrisez, elles passent dans les compartiments suivants avec des intervalles de révision plus longs. C'est la répétition espacée rendue tangible.
Mon fils avait déjà préparé des fiches avec des verbes irréguliers. Il lui fallait juste le système de boîte pour que la méthode d'apprentissage fonctionne. Et soudain, j'avais mon projet.
OpenSCAD et 15 heures d'impression
J'ai lancé OpenSCAD – mon outil de modélisation préféré – et j'ai commencé à concevoir. La beauté de la modélisation paramétrique, c'est que vous pouvez ajuster la taille des compartiments, l'épaisseur des parois et les dimensions jusqu'à ce que tout fonctionne parfaitement.
Quinze heures plus tard, l'Ender 3 v2 a livré. La boîte est sortie parfaitement – compartiments solides, parois lisses, tout s'assemblant comme prévu.
La meilleure récompense
Le regard de mon fils quand il l'a vue ? Valait chaque minute de conception et d'impression.
Mais ensuite, ma femme l'a regardée. « C'est vraiment utile », a-t-elle dit. « Peux-tu en imprimer deux de plus ? Les trois enfants devraient en avoir une. »
Et comme ça, mon imprimante est de retour en activité. Pas pour imprimer des jouets ou des nouveautés – mais des outils qui aident ma famille à apprendre et à grandir.
Parfois, les meilleurs projets ne sont pas les plus complexes ou les plus impressionnants. Ce sont ceux qui résolvent un vrai problème pour les personnes qui vous sont chères.
Et maintenant ?
L'Ender 3 v2 est de retour en service actif. Je pense déjà à d'autres choses utiles que je peux concevoir et imprimer. Après des années à imprimer des accessoires amusants, ça fait du bien de créer quelque chose de vraiment pratique.
De plus, j'ai deux autres boîtes de Leitner à imprimer. Mon imprimante et moi avons du travail.
Quels projets ont redonné vie à vos outils de maker ? J'aimerais entendre parler de choses utiles que vous avez conçues pour votre famille !
Salut,
Horacio Gonzalez - LostInBrittany
Bonnet de Père Noël : transformer le quotidien en festif
Quand l'esprit de Noël rencontre la résolution créative de problèmes
Vous connaissez ce moment où vous regardez autour de vous en pensant aux décorations de Noël, et au lieu d'acheter plus de trucs, votre cerveau se dit : "Et si je pouvais transformer ce que j'ai déjà ?"
Voici le petit bonnet de Père Noël. Parce qu'apparemment, ma solution pour décorer de façon saisonnière, c'est de crocheter des accessoires pour les Funko Pops.
L'idée de transformation
Après avoir fait le rond de serviette de Noël, j'étais assez confiant avec les couleurs festives. Mais au lieu de faire une autre décoration autonome, j'ai eu une pensée différente : et si je pouvais transformer la figurine Rey de ma femme en décoration de Noël juste en ajoutant un petit bonnet ?
Soudain, Rey de Star Wars devient une pièce d'exposition saisonnière. Magie ? Non. Magie-laine ? Absolument.
Le défi technique
Bien sûr, j'avais déjà fait du crochet 3D avec la citrouille d'Halloween, mais c'était différent. Ça devait vraiment s'adapter à quelque chose de spécifique. Soudain je me retrouve à gérer des mesures précises, un façonnage soigneux, et l'éternelle question : "Est-ce que c'est vraiment en forme de bonnet, ou est-ce que je fais juste un cône rouge avec des délires de grandeur ?"
Mais il y a quelque chose de profondément satisfaisant à regarder un cercle plat se transformer lentement en quelque chose en forme de bonnet. Même quand on n'est pas entièrement sûr que ça va marcher jusqu'au tout dernier point.
L'esprit de Noël
Il y a quelque chose à propos de faire un bonnet de Père Noël qui crie vraiment "Je m'engage vraiment dans ce truc de Noël". Ce n'est pas subtil. Ce n'est pas discret. C'est de la joie festive pure et sans complexe sous forme de laine.
Mais plus que ça, il y a quelque chose de brillant dans le concept : au lieu de faire plus de décorations à ranger, je fais des accessoires qui transforment les choses existantes en joie saisonnière. Rey devient festive pendant quelques semaines, puis redevient son moi Jedi habituel.
Et maintenant ?
Le bonnet s'est avéré mieux que j'osais l'espérer, il va parfaitement à Rey ! Et maintenant je regarde toutes les autres possibilités : plus de petits accessoires pour les peluches et jouets dans la maison, peut-être quelques vraies décorations d'arbre, ou qui sait quoi d'autre.
Je prends vraiment plaisir à ce voyage crochet, il y a quelque chose d'addictif à transformer la laine en exactement ce qu'on visualise. Mon stock de laine me regarde avec ce que je ne peux décrire que comme de l'anticipation nerveuse.
La joie de créer saisonnier
Il y a quelque chose de spécial à faire des choses qui sont liées à une période spécifique de l'année. Ce bonnet vivra dans une boîte pendant onze mois, mais pendant ce mois magique, ce sera de la joie pure. Et honnêtement, ça me semble être un assez bon compromis.
Quels projets saisonniers avez-vous abordés ? Je suis toujours curieux de savoir ce qui pousse les gens à faire des choses qu'ils n'utiliseront que quelques semaines par an !
Salut,
Horacio Gonzalez - LostInBrittany